Griffintown : Une ère industrielle oubliée laisse la place à un espace de vie où chuinte l’histoire de toute une patrie
Quorum vous invite à découvrir ici une parcelle de la longue l’histoire de Griffintown, situé dans le Sud Ouest de Montréal. Joyau d’une époque industrielle aujourd’hui révolue, nous croyons qu’il est désormais temps de donner au ‘Grif sa place en tant qu’espace de vie, un espace dicté par la vision et les aspirations de ses futurs résidents.

De l’époque agricole aux premiers balbutiements de l’ère industrielle
Le quartier Griffintown fait partie des artefacts montréalais ayant contribué de manière inéluctable à l’essor économique de la ville. Berceau de la population ouvrière irlandaise, le district Griffintown est l’un des plus anciens quartiers de Ville-Marie. Anciennement connues sous l’appellation de fief de Nazareth, les terres du secteur, principalement agricoles, furent concédées à Jeanne Mance en 1654 et administrées par les sœurs de l’Hôtel-Dieu. Pendant plus d’un siècle, le fief fût consacré presque exclusivement au pâturage pour le bétail, hormis la construction de la Chapelle Sainte-Anne (détruite en 1885) au coin des actuelles rues Wellington et Young.
En 1791, un Irlandais du nom de Thomas McCord conclut un bail de location sur le fief et en laisse la gestion à son associé, Patrick Langan. L’histoire raconte que M. Langan aurait vendu frauduleusement le bail à Mary Griffin, épouse visionnaire du manufacturier de savon Robert Griffin. C’est alors que débute la vocation industrielle de Griffintown, qui s’imposera également comme étant le tout premier quartier ouvrier en Amérique.

Au début du 19e siècle, le gouvernement procède à la démolition des fortifications entourant le quartier, unissant ainsi Griffintown à la vie urbaine montréalaise. Bénéficiant déjà de la présence du chemin de Lachine (actuelle rue Wellington), un plan de lotissements aux dimensions régulières, fractionnées à parts égales, est créé par l’arpenteur Louis Charland, selon les directives de Mary Griffin. Le quartier est alors rebaptisé Griffintown et amorce son entrée dans l’ère industrielle qui souffle déjà sur l’occident.

Des racines irlandaises fières et profondes
Peuplé par les immigrants irlandais, anglais et écossais, Griffintown s’instaure rapidement en tant que berceau de la révolution industrielle montréalaise. En moins d’un quart de siècle, Griffintown possède plus de machineries en opération à l’intérieur de ses frontières que tout autre secteur de Montréal. En 1825, Griffintown compte 1 192 habitants, 13 usines et entrepôts, ainsi qu’un faubourg de 137 maisons ouvrières.
L’érection du canal de Lachine en 1821 conforte Griffintown dans sa position industrielle stratégique et encourage l’immigration d’une importante main-d’œuvre principalement constituée d’Irlandais qui s’entassent dans un village ouvrier baptisé Goose Town, situé à l’extrémité sud du quartier. Entre 1843 et 1848, le canal de Lachine est doublé en largeur et en profondeur, des bassins de débarquement de marchandises sont créés et la profondeur des écluses est augmentée afin de donner accès aux bateaux de marchandises provenant du fleuve. L’effort est profitable puisqu’en 1848, Griffintown comprend 29 manufactures et des milliers d’habitants issus d’une classe ouvrière somme toute assez défavorisée. Les conditions de vie y sont alors misérables et la criminalité très présente. Confiné entre les multiples usines et manufactures, le quartier résidentiel est l’un des plus défavorisés et sombre de Montréal. Ces conditions n’empêchent pourtant pas les Irlandais de venir y trouver asile afin de fuir la famine qui sévit en Irlande. Main-d'œuvre bon marché et exploitée, cette population d’ouvriers est confinée dans des taudis malsains, véritables incubateurs à maladies. En 1847 et 1848, une épidémie ravageuse de typhus emporte environ 6 000 Irlandais pour une population qui avoisinait 45 000 habitants. Les survivants se retrouvent pour la plupart orphelins et plus démunis que jamais. Le quartier Griffintown voit son avenir tracé : il sera industriel, ouvrier et résolument irlandais.
L’époque glorieuse
À partir de la deuxième moitié du 19e siècle, plusieurs voies ferroviaires et maritimes voient le jour, opérant toutes par Griffintown. L’explosion du développement des manufactures et des industries prend alors un tournant encore plus prononcé. En 1861, on répertorie 53 usines dans le quartier et la taille de chacune ne cesse de croître. Profitant de la diversité de ses champs d’activités (travail du métal et du bois, travail du cuir, produits alimentaires, produits chimiques, équipement ferroviaire, fonderies, etc.), Griffintown jouit d’une vitalité peu commune. Pour oublier un peu les conditions difficiles environnantes, les travailleurs se rassemblent dans les pubs et tavernes qui envahissent rapidement le quartier. Griffintown se conforte dans sa position de centre névralgique de l’industrialisation montréalaise.
En 1873, le vent tourne pourtant soudainement avec l’éclatement de la Grande Crise. Les usines procèdent à des mises à pied massives et les conditions de vie, déjà plus que précaires, deviennent encore plus difficiles. Griffintown réussira à sortir indemne de cette noire période financière et dès 1880, le quartier connaîtra un nouveau souffle.
Grâce aux infrastructures de transport qui positionnent stratégiquement Griffintown comme pôle des échanges et des débarquements de marchandise, le nombre d’industries ne cesse de croître jusqu’au milieu des années 20. Important moteur industriel au Canada, les usines du quartier continuent de se multiplier et de diversifier leurs champs d’activités. Bien que le quartier soit très prolifique économiquement, les conditions de vie ne s’améliorent pas pour les habitants et le secteur résidentiel demeure peuplé majoritairement par la communauté irlandaise appauvrie.

Le déclin de Griffintown
À partir de la fin des années 20, plusieurs industries commencent à se transformer peu à peu en entrepôts. Quelques entreprises, comme la National Breweries et la Brasserie Dow, ont toujours le vent en poupe, mais une stagnation commence à se faire sentir. Grâce à l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale, le quartier connaît un certain répit et les conditions de vie des travailleurs s’améliorent enfin. En 1959, la voie maritime du Saint-Laurent se développe, rendant le canal obsolète. En 1963, la ville de Montréal décide néanmoins de re-zoner le quartier en zone industrielle, une décision qui ne contribue pas à conserver les industries dans le secteur. En 1964, les écluses du canal, situées du côté du port, ferment leurs portes, suivies de près, en 1972, par la fermeture des écluses situées à l’autre extrémité de Lachine. Malgré les efforts de la communauté irlandaise qui milite pour la revitalisation du faubourg en espace résidentiel, le quartier tombe en ruine et Griffintown ressemble de plus en plus à une ville fantôme.
Griffintown : tourné vers un avenir prometteur
Aujourd’hui, Griffintown renaît de ses cendres et voit enfin son âme résidentielle poindre à l’horizon. En plongeant au cœur du Grif’, on renoue avec plus de 3 siècles d’histoire ancrée dans l’âme des rues, des bâtiments et d’un canal ayant grandi au rythme du premier quartier ouvrier de l’Amérique. Si l’on prête l’oreille, nous pouvons entendre battre le pouls d’un environnement qui cherche toujours à exprimer son ardeur et sa volonté d’être.
Quorum est fier d’offrir à cette parcelle de notre histoire une vie nouvelle, promesse d’un espace où le passé et le présent se rallieront pour créer un avenir à la mesure de ses futurs citoyens.

Le William
1845, rue William,
Montréal, H3J 1R6
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